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Charbonnière en Islande

Article publié le jeudi 27 mars 2014.


Une charbonnière des garrigues en Islande

Dans les recherches que je fait sur la production de charbon de bois, ici en garrigues et ailleurs dans notre vaste monde, j’ai eu l’occasion de mettre en pratique notre savoir faire local dans un pays un peu extrême. Lors d’un séjour en Islande, j’ai carbonisé des morceaux de bois très particulier. Dans cette belle île boréale les forêt sont assez rares. Malgré tout, dans des endroits protégés, des arbres poussent. Le boulot tortueux est l’arbre endémique de référence avec les sorbiers et des saules plus chétifs. Un autre type de bois est disponible sur place, un bois voyageur qui a parcouru plus de 2000 km en 2/3 ans, au gré du courant froid du nord atlantique, c’est le bois de flottage. Principalement du résineux de la Taïga russe. Ce bois des mers a depuis la colonisation au 9ème siècle servi aux usages quotidiens des nouveaux habitants, surtout pour la construction de leurs fermes. L’échouage est continu avec parfois des troncs impressionnants et les belles plages noires sont parsemées de ces troncs, usés et salés par ces trajets horizontaux. J’ai donc récupéré des morceaux mélangés à des branches de Boulot que j’ai carbonisé à la boite. Ces morceaux se sont révélés être d’excellents « fusains » que j’ai montré à une amie islandaise peintre. En tant qu’organisatrice d’une biennale d’art, elle m’a invité alors à participer à la résidence d’artistes pour réaliser une carbonisation complète.

Le festival FRESH WINDS se déroule dans un petit village Garður tout au bout du bout d’une presqu’île. Entouré par la mer des trois coté, cette lande est perpétuellement battue par les vents. Nous nous sommes retrouvés une cinquantaine d’artistes, de toutes nationalités, des plasticiens, des musiciens, des acteurs et...un charbonnier.

J’ai tout d’abord commencé par produire une grosse quantité de « fusains* ». J’avais un vieux barbecue au gaz que j’ai transformé en four. Grâce à un thermomètre digital j’ai facilement contrôlé la température ce qui m’a bien servi pour la suite. En effet à partir de ce moment j’ai lancé ma recherche et réalisation d’objets d’art naturel avec les « bois des mers » ou de sculptures en bois prêtées par des sculpteurs désireux de s’associer à cette nouvelle technique. C’était pour moi des moments forts de création, d’angoisse aussi de peur de détruire les oeuvres et de découvertes passionnantes. Restait à mettre en place la charbonnière traditionnelle pour les journées ouvertes au public. Pour faire une charbonnière il faut du bois, de la terre et pas de vent. J’avais un fort vent, pas de terre, elle était gelée et à trouver du bois en quantité. Après plusieurs explorations de le cote, nous étions au Sud et il y a moins de bois de flottage, j’ai réussi avec l’aide Viðir a récupérer environ 1 m2 de « draftwood ». Ces bois polis par la mer deviennent très résistant à la pourriture grâce au sel. Les fermiers et aujourd’hui les propriétaires de maisons de vacances, les plantent pour accrocher les clôtures ou en décoration souvent les racines vers le ciel. Ceci m’inspira le nom de ma performance : « Totem ». Après avoir découpé les troncs et fendu le bois j’ai monté la meule* à la technique des garrigues. Les Islandais jusqu’aux années 50 ont fabriqué du charbon de bois pour les forges des fermes. Ils utilisaient la technique de la « fosse », un trou peu profond avec un rendement moyen. Pour me protéger de ce terrible vent, j’ai fait mettre en place une arène carrée en bacs à poisson. Une cabane de chantier a fait office de hutte à charbonnier et a servi pour la présentation de ma collection de « carbon-Art ». Un artiste islandais, graffeur écrivain, a bombé le nom du foyer rural Les Quintillades et Totem sur un bac. Notre exposition « écomusée au vent » a trouvé sa place dans l’enceinte de l’arène. Moment émouvant pour moi de voir cette belle exposition ici sous le cercle polaire arctique et les aurores boréales. Le bénévolat permet de vivre de belles situations. J’ai pensé alors à toutes et tous mes ami(e)s de la section patrimoine qui étaient représentés au travers de cet événement. Jour J, l’allumage se déroule bien, trop bien, le vent est tombé et je m’enfume comme un hareng saur. Le bois des mers se carbonise parfaitement. Les visites s’enchainent, avec entre autre des villageois intrigués par cette grosse fumée blanche, habamus carbonara ! Le dernier jour arrive, la cuisson est complète et l’extinction n’est pas encore finie. Mais la télé nationale est là aussi et pour les besoins du direct je suis obligé d’ouvrir la meule. Charbon, fumée et finalement reprise du feu que j’étouffe rapidement avec de la terre. La prise est bonne et moi je suis un charbonnier heureux d’avoir vécu cette expérience. Je peux remercier beaucoup de monde mais je crois que notre foyer rural et les actifs de la section patrimoine sont au premier plan de ces actions.

Sommes nous pas avec cet événement dans la même volonté que les voyages solidaires de Roumanie et du Sénégal, dans le même dynamique que le festival des charbonnières et des conférences que nous produisons tout au long de l’année. Etre bénévole et actif dans le respect de nos engagements permet non pas que de donner du temps mais aussi de valoriser ces moments associatifs.

Blessaður

*Fusains : nom donné aux crayons à l’origine fait avec du fusain charbonné. Meule : tas de bois qui va être carbonisé (cf Lo Garou 6 avril)

Plus d’infos sur FRESH WINDS

http://fresh-winds.com ou https://www.facebook.com/pages/Fresh-Winds-in-Garður/135143246532863

Mon blog perso : http://altimara.eu/blog



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